Amazonie : ces découvertes qui changent la donne Stéphen Rostain Archéologue. Directeur de recherche au CNRS. Affecté à l’Institut Français d’Études Andines en Équateur. Président du 3ème Congrès International d’Archéologie Amazonienne. Il vous revient d’avoir organisé de A à Z le troisième congrès international d’archéologie amazonienne qui s’est tenu à Quito (Equateur) du 8 au 14 septembre 2013. Que doivent retenir nos lecteurs de cet événement ? Que la révolution qui s’est amorcée il y a vingt ans est toujours en marche ! C’est bien ce qu’a confirmé ce troisième congrès avec ses 80 conférences… Qu’entendez-vous par révolution ? En moins de trois décennies, le regard porté sur l’Amazonie s’est complètement inversé. Quand j’ai commencé mes études, un de mes professeurs m’a dit clairement « si tu continues à t’intéresser à l’Amazonie, tu n’auras pas de boulot ». A cette époque, en France, on jugeait beaucoup plus intéressant de travailler sur les Mayas ou les Incas. Depuis, la richesse naturelle de l’Amazonie a été largement reconnue. Et, désormais, il se confirme chaque année davantage que l’Amazonie est une source d’inventions et d’innovations techno-culturelles essentielle. On s’aperçoit que les apports n’ont pas été tellement des Andes vers l’Amazonie, mais plutôt le contraire. Par exemple, les travaux de l’anthropologue Dimitri Karadimas sur l’iconographie participent à ce mouvement de reconsidération des origines. On ne voit plus du tout l’Amazonie comme hier. C’est pourquoi je pensais que nous serions une petite quarantaine lors de notre  premier congrès, à Belém, en 2008. Or, nous avons vu débouler 500 participants. Il est vrai que le congrès se tenait au Brésil, le plus grand des neuf pays qui forment l’Amazonie. Mais nous en avons réuni autant à Manaus, en 2010, et à Quito, en 2013. De quels pays viennent les participants ? De 19 pays : d’Amérique du Sud et d’Europe, mais aussi d’Haïti, des Etats-Unis, du Shri-Lanka, de Russie… Comment est né ce congrès ? Il est né d’une vieille idée que nous avions à plusieurs, entre des Brésiliens, des Nord-Américains et moi-même. Nous ne voulions plus être la jolie potiche des congrès centrés sur l’Amérique précolombienne. Certes, nous étions invités ponctuellement, mais uniquement pour montrer « nos Indiens ». Cela faisait des photos sympathiques, c’était joli, mais ce n’était pas ce que nous voulions… Heureusement, entre 1995 et 2000, il y a eu une espèce de virage et, depuis, nous sommes enfin pris au sérieux. Qu’est-ce qui a réellement changé ? Jusqu’alors, les archéologues amazonistes puisaient souvent sans esprit critique dans les travaux des ethnologues pour compléter l’absence de données archéologiques. De fait, cela faisait cent ans qu’en archéologie amazonienne on comparait les sociétés actuelles aux sociétés anciennes, tout en étant persuadés que celles d’aujourd’hui avaient toujours été semblables. C’était nier l’énorme hiatus provoqué par le choc microbien qui a tué 80 % des Amazoniens. Et ne pas considérer que lorsque les premiers Européens sont arrivés, les sociétés n’étaient déjà plus les mêmes que ce qu’elles avaient été un ou deux siècles auparavant. Le paysage humain, lui aussi, avait évolué. Vous parlez de la forêt… Absolument. Les chercheurs, et les archéobotanistes et les géoarchéologues en particulier, portent aujourd’hui sur la forêt amazonienne  un  regard  nouveau. En  deux mots, ils  considèrent Stéphen Rostain, président du 3e Congrès international d’Archéologie Amazonienne (3 EIAA) Inauguration du 3e congrès International d’Archéologie Amazonienne (de  gauche  à  droite)  : Jean-Baptiste de Boisiière (Ambassadeur de France  en  Equateur),  Juan Ponce  (Directeur de  la Facultad Latino- americana  de  Ciencas  Sociales), Guillaume  Long  (Ministre Coordi- nateur  de  la  Connaissance  et  du Talent Humain), Stéphen  Rostain (Président du 3e Congrès International d’Archéologie précolombienne), Gérard Borras (Directeur de l’Institut Français D’Etudes Andines). Participants au 3e Congrès International d’Archéologie Amazonienne visitant le site archéologique de Cochasqui, au nord de Quito. Amazonie : ces découvertes qui changent la donne Stéphen Rostain Archéologue. Directeur de recherche au CNRS. Affecté à l’Institut Français d’Études Andines en Équateur. Président du 3ème Congrès International d’Archéologie Amazonienne. Il vous revient d’avoir organisé de A à Z le troisième congrès international d’archéologie amazonienne qui s’est tenu à Quito (Equateur) du 8 au 14 septembre 2013. Que doivent retenir nos lecteurs de cet événement ? Que la révolution qui s’est amorcée il y a vingt ans est toujours en marche ! C’est bien ce qu’a confirmé ce troisième congrès avec ses 80 conférences… Qu’entendez-vous par révolution ? En moins de trois décennies, le regard porté sur l’Amazonie s’est complètement inversé. Quand j’ai commencé mes études, un de mes professeurs m’a dit clairement « si tu continues à t’intéresser à l’Amazonie, tu n’auras pas de boulot ». A cette époque, en France, on jugeait beaucoup plus intéressant de travailler sur les Mayas ou les Incas. Depuis, la richesse naturelle de l’Amazonie a été largement reconnue. Et, désormais, il se confirme chaque année davantage que l’Amazonie est une source d’inventions et d’innovations techno-culturelles essentielle. On s’aperçoit que les apports n’ont pas été tellement des Andes vers l’Amazonie, mais plutôt le contraire. Par exemple, les travaux de l’anthropologue Dimitri Karadimas sur l’iconographie participent à ce mouvement de reconsidération des origines. On ne voit plus du tout l’Amazonie comme hier. C’est pourquoi je pensais que nous serions une petite quarantaine lors de notre  premier congrès, à Belém, en 2008. Or, nous avons vu débouler 500 participants. Il est vrai que le congrès se tenait au Brésil, le plus grand des neuf pays qui forment l’Amazonie. Mais nous en avons réuni autant à Manaus, en 2010, et à Quito, en 2013. De quels pays viennent les participants ? De 19 pays : d’Amérique du Sud et d’Europe, mais aussi d’Haïti, des Etats-Unis, du Shri-Lanka, de Russie… Comment est né ce congrès ? Il est né d’une vieille idée que nous avions à plusieurs, entre des Brésiliens, des Nord-Américains et moi-même. Nous ne voulions plus être la jolie potiche des congrès centrés sur l’Amérique précolombienne. Certes, nous étions invités ponctuellement, mais uniquement pour montrer « nos Indiens ». Cela faisait des photos sympathiques, c’était joli, mais ce n’était pas ce que nous voulions… Heureusement, entre 1995 et 2000, il y a eu une espèce de virage et, depuis, nous sommes enfin pris au sérieux. Qu’est-ce qui a réellement changé ? Jusqu’alors, les archéologues amazonistes puisaient souvent sans esprit critique dans les travaux des ethnologues pour compléter l’absence de données archéologiques. De fait, cela faisait cent ans qu’en archéologie amazonienne on comparait les sociétés actuelles aux sociétés anciennes, tout en étant persuadés que celles d’aujourd’hui avaient toujours été semblables. C’était nier l’énorme hiatus provoqué par le choc microbien qui a tué 80 % des Amazoniens. Et ne pas considérer que lorsque les premiers Européens sont arrivés, les sociétés n’étaient déjà plus les mêmes que ce qu’elles avaient été un ou deux siècles auparavant. Le paysage humain, lui aussi, avait évolué. Vous parlez de la forêt… Absolument. Les chercheurs, et les archéobotanistes et les géoarchéologues en particulier, portent aujourd’hui sur la forêt amazonienne  un  regard  nouveau. En  deux mots, ils  considèrent Stéphen Rostain, président du 3e Congrès international d’Archéologie Amazonienne (3 EIAA) Inauguration du 3e congrès International d’Archéologie Amazonienne (de  gauche  à  droite)  : Jean-Baptiste de Boisiière (Ambassadeur de France  en  Equateur),  Juan Ponce  (Directeur de  la Facultad Latino- americana  de  Ciencas  Sociales), Guillaume  Long  (Ministre Coordi- nateur  de  la  Connaissance  et  du Talent Humain), Stéphen  Rostain (Président du 3e Congrès International d’Archéologie précolombienne), Gérard Borras (Directeur de l’Institut Français D’Etudes Andines). Participants au 3e Congrès International d’Archéologie Amazonienne visitant le site archéologique de Cochasqui, au nord de Quito. Amazonie : ces découvertes qui changent la donne Stéphen Rostain Archéologue. Directeur de recherche au CNRS. Affecté à l’Institut Français d’Études Andines en Équateur. Président du 3ème Congrès International d’Archéologie Amazonienne. Il vous revient d’avoir organisé de A à Z le troisième congrès international d’archéologie amazonienne qui s’est tenu à Quito (Equateur) du 8 au 14 septembre 2013. Que doivent retenir nos lecteurs de cet événement ? Que la révolution qui s’est amorcée il y a vingt ans est toujours en marche ! C’est bien ce qu’a confirmé ce troisième congrès avec ses 80 conférences… Qu’entendez-vous par révolution ? En moins de trois décennies, le regard porté sur l’Amazonie s’est complètement inversé. Quand j’ai commencé mes études, un de mes professeurs m’a dit clairement « si tu continues à t’intéresser à l’Amazonie, tu n’auras pas de boulot ». A cette époque, en France, on jugeait beaucoup plus intéressant de travailler sur les Mayas ou les Incas. Depuis, la richesse naturelle de l’Amazonie a été largement reconnue. Et, désormais, il se confirme chaque année davantage que l’Amazonie est une source d’inventions et d’innovations techno-culturelles essentielle. On s’aperçoit que les apports n’ont pas été tellement des Andes vers l’Amazonie, mais plutôt le contraire. Par exemple, les travaux de l’anthropologue Dimitri Karadimas sur l’iconographie participent à ce mouvement de reconsidération des origines. On ne voit plus du tout l’Amazonie comme hier. C’est pourquoi je pensais que nous serions une petite quarantaine lors de notre  premier congrès, à Belém, en 2008. Or, nous avons vu débouler 500 participants. Il est vrai que le congrès se tenait au Brésil, le plus grand des neuf pays qui forment l’Amazonie. Mais nous en avons réuni autant à Manaus, en 2010, et à Quito, en 2013. De quels pays viennent les participants ? De 19 pays : d’Amérique du Sud et d’Europe, mais aussi d’Haïti, des Etats-Unis, du Shri-Lanka, de Russie… Comment est né ce congrès ? Il est né d’une vieille idée que nous avions à plusieurs, entre des Brésiliens, des Nord-Américains et moi-même. Nous ne voulions plus être la jolie potiche des congrès centrés sur l’Amérique précolombienne. Certes, nous étions invités ponctuellement, mais uniquement pour montrer « nos Indiens ». Cela faisait des photos sympathiques, c’était joli, mais ce n’était pas ce que nous voulions… Heureusement, entre 1995 et 2000, il y a eu une espèce de virage et, depuis, nous sommes enfin pris au sérieux. Qu’est-ce qui a réellement changé ? Jusqu’alors, les archéologues amazonistes puisaient souvent sans esprit critique dans les travaux des ethnologues pour compléter l’absence de données archéologiques. De fait, cela faisait cent ans qu’en archéologie amazonienne on comparait les sociétés actuelles aux sociétés anciennes, tout en étant persuadés que celles d’aujourd’hui avaient toujours été semblables. C’était nier l’énorme hiatus provoqué par le choc microbien qui a tué 80 % des Amazoniens. Et ne pas considérer que lorsque les premiers Européens sont arrivés, les sociétés n’étaient déjà plus les mêmes que ce qu’elles avaient été un ou deux siècles auparavant. Le paysage humain, lui aussi, avait évolué. Vous parlez de la forêt… Absolument. Les chercheurs, et les archéobotanistes et les géoarchéologues en particulier, portent aujourd’hui sur la forêt amazonienne  un  regard  nouveau. En  deux mots, ils  considèrent Vallée de l’Upano dans la province du Morona-Santiago, Amazonie équatorienne Stéphen Rostain, président du 3e Congrès international d’Archéologie Amazonienne (3 EIAA) Inauguration du 3e congrès International d’Archéologie Amazonienne (de  gauche  à  droite)  : Jean-Baptiste de Boisiière (Ambassadeur de France  en  Equateur),  Juan Ponce  (Directeur de  la Facultad Latino- americana  de  Ciencas  Sociales), Guillaume  Long  (Ministre Coordi- nateur  de  la  Connaissance  et  du Talent Humain), Stéphen  Rostain (Président du 3e Congrès International d’Archéologie précolombienne), Gérard Borras (Directeur de l’Institut Français D’Etudes Andines). Participants au 3e Congrès International d’Archéologie Amazonienne visitant le site archéologique de Cochasqui, au nord de Quito.