Dans votre ouvrage – Les trois codex mayas – vous évoquez les destructions de l’évêque du Yucatan, Diego de Landa. Destructions qui font qu’il ne subsiste aujourd’hui dans le monde que trois manuscrits pictographiques antérieurs à la Conquête espagnole. Vous contestez que Landa en aurait détruit des centaines. Expliquez-nous pourquoi, en nous rappelant d’abord comment se présente un codex maya ? C’est un livre de format rectangulaire sur papier d’écorce ou sur peau de cerf. Il est peint, polychrome en général, plié en accordéon pour le protéger, et peut donc avoir une longueur qui varie de quelques pages à plus d’une centaine. Pour que les couleurs accrochent, le papier est recouvert d’un enduit de chaux. C’est donc un livre, au sens traditionnel du terme, tel qu’on peut en trouver dans d’autres civilisations et sur d’autres continents. Les codex maya ressemblent-ils à ceux du haut plateau mexicain… Les codex mexicains ne sont pas tous en papier d’écorce. Il en existe sur des supports variés, par exemple des tissus de coton ou des peaux, comme chez les Mixtèques. Venons-en à Landa. Comment expliquez-vous son intervention destructrice ? La question est très débattue, mais elle est simple. Landa a été confronté à la suite d’une évangélisation rapide et souvent superficielle – on baptisait les gens avant de les convertir – à la reprise ou la perpétuation d’un certain nombre de traditions antérieures à la conquête, notamment à des cultes d’idoles. Le fait est que Landa a effectué une répression violente pour laquelle il a, d’ailleurs, été jugé en Espagne, dans la mesure où il s’est attribué, sans en avoir l’autorisation officielle, des fonctions d’inquisiteur afin d’éradiquer les traces de paganisme. Cela ne doit pas nous surprendre. Après tout, nous conservons quelques vieilles superstitions qui remontent avant l’époque romaine. Dans le cas présent, cette répression s’est accompagnée d’exécutions, de peines diverses infligées aux Indiens, d’une campagne d’éradication, de destructions d’objets, de figurines et d’idoles. C’est dans ce contexte que Landa a, comme cela s’est passé à la même époque dans la vallée de Mexico, détruit un certain nombre de manuscrits. Combien ?  C’est toute la question, nous n’en connaissons pas le nombre exact. Le fait est qu’au fil du temps, et sans toujours vérifier les sources, des auteurs ont multiplié et repris des estimations approximatives pour finalement installer l’idée que Landa a détruit des centaines de codex mayas. Alors que Cogolludo avance le chiffre déjà énorme de 27. Ce que vous contestez… Oui, car rien ne permet de quantifier cette destruction. A mon avis, les auteurs qui s’en sont fait l'écho commettent une erreur, à moins qu'ils cherchent ainsi à souligner la virulence de l’Eglise. Les manuscrits détruits par Landa étaient peut-être contemporains et non antérieurs à la Conquête… C’est tout à fait envisageable. Comme il n’est pas précisé ce que sont précisément ces manuscrits, il est effectivement possible que nous ayons, parmi les codex détruits, des manuscrits pictographiques antérieurs à l’arrivée des Espagnols et d’autres à caractère mixte, c’est-à-dire avec des dessins et des caractères latins. Il est question d’autodafés… Certains manuscrits ont sans doute été tout simplement déchirés par les Espagnols, mais Landa voulait frapper les esprits. Il a ordonné l’autodafé de Mani en 1561 qui, selon ses écrits, a donné « beaucoup de chagrin » aux Indiens.  Peut-être y a-t-il eu d’autres destructions publiques par le feu ? Il faudrait une analyse précise des textes, dont ceux des auteurs contemporains qui évoquent ces destructions, pour savoir ce qui s’est réellement passé. Là aussi, il conviendrait, comme toujours, de retourner aux sources. Que représentaient ces codex pour l’évêque Landa ? Un obstacle à l’évangélisation… Ces manuscrits étaient pour lui démoniaques. Même si Landa était certainement conscient qu’ils contenaient autre chose que des allusions au panthéon préhispanique. La meilleure preuve - mais là, c’est une déduction -, c’est qu’il présente dans sa Relation des choses Les trois codex mayas                                  Eric Taladoire Professeur émérite, UFR 03, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne  LES TROIS CODEX MAYAS “Les manuscrits sacrés d’une civilisation disparue”  Par Eric Taladoire. Chez Balland. Les trois codex mayas qui ont échappé aux destructions sont aujourd’hui conservés dans les bibliothèques de trois villes européennes : Madrid, Paris et Dresde