fait est que cette culture se situe dans la zone intermédiaire entre la sierra et l'Amazonie. L'on pourrait donc supposer qu'elle plonge ses racines dans I'un ou I'autre de ces extrêmes. L'idée d'une origine amazonienne est tentante et renvoie aux hypothèses de Tello (1942, 1960) et Lathrap (1970) sur le caractère séminal de la forêt tropicale. Cette hypothèse a rencontré une forte opposition car, encore une fois, il peut paraître inconcevable a beaucoup que la forêt (foyer actuel des sociétés moins évoluées) ait pu engendrer une manifestation culturelle aussi pure. Comment se présente le site ? Il s'agit d'un ensemble de vestiges architecturaux à demi apparents qui ont été retrouvés sur une terrasse fluviale plane, sur la rive occidentale du rio Valladolid***. En surface, la végétation a recouvert les fondations de plusieurs édifices de pierre, disséminés sur environ un hectare. L’emplacement pourrait paraître anodin, mais I'intervention de I'homme est évidente dans I'aménagement de cette terrasse qui s'élève à quelque dix mètres au-dessus du lit de la rivière, Un examen plus attentif révèle une série de contreforts circulaires soutenant le coté sud-est de la terrasse, au-dessus de l'escarpement. Vers I'extrêmité occidentale du site, on a fouillé la pente et découvert une plate-forme échelonnée qui marque bien l’axe Est-Ouest du gisement. De fait, le site présente deux parties convergeant vers le centre d'une plaine. A I'extrémité nord, I'escarpement de la rivière coupe brutalement la terrasse vers le sud, une dépression accentuée du terrain limite I'extension naturelle de la plaine, qui se perd dans une boucle de la rivière, Aussi, le site se trouve circonscrit au fond de la vallée fluviale. Ces témoignages architecturaux, très brièvement présentés ici, nous ont permis de faire quelques observations importantes sur I'organisation de I'espace. En premier lieu, la division par oppositions est omniprésente sur le site, ce qui fait penser que l'intention était de reproduire dans un espace physique une conception mentale de dualité, de complémentarité et d'ambivalence. La localisation du site sur une terrasse fluviale reflète un espace circonscrit physiquement par l'eau, des escarpements de parois inclinées et des dépressions accentuées sur certains côtés, Sur cette scéne naturelle, un espace culturel a vu le jour, tout d'abord par la surélévation et le nivellement de I'une des extrémités de la terrasse, puis par la disposition des structures architecturales sur le terrain déjá mentalement subdivisé. Le but était de créer un espace sacré, le cimetière où étaient enterrés les morts, et un espace profane oú (apparemment) se réunissait la communauté des vivants. S’agit-il pour autant d’une cité, d’un centre cérémoniel ? L’ensemble de vestiges ramenés au jour comprend essentiellement des structures circulaires ou ovales, disposées autour d'un espace clos par un cercle de doubles rangées de pierres mesurant 40 mètres de diamètre, Cet espace, situé au centre du site, semble avoir constitué une plazza (un square central) qui est devenu I'axe des activités réalisées. A I'intérieur du cercle ont été dégagées trois structures de forme rectangulaire et symétriquement opposées. La fonction de ces structures circulaires et rectangulaires n'a pas encore été identifiée, mais le fait que l’on n’ait retrouvé aucun dépôt de déchets domestiques semble exclure qu'il s'agisse de simples habitations. La structuration de I'espace architectural atteste une volonté de séparer le lieu en deux, pour former une partie extérieure et une partie intérieure située dans la plaza centrale, comme si I'intention avait été de séparer; de restreindre ou d'exclure de chacun de ces espaces circonscrits des activités précises. On ignore quelle importance peut avoir eu le mur de partage, mais il répond clairement à un désir de clore I'espace intérieur. Sur la presque totalité du site, les dépôts (déchets) culturels sont plutôt rares, ce qui indique que ce secteur était sans doute nettoyé avec un soin particulier. La première différence qui saute aux yeux c’est que la partie orientale du site a été construite artificiellement de manière à élever et à aplanir le niveau de la pente descendant vers le lit de la rivière.  Les découvertes faites lors de la construction du chemin moderne et les fouilles effectuées sur cette aire permettent de déduire que la construction artificielle de la terrasse fut en outre mise a profit pour I'aménagement d'un cimetière. L’espace tant sous terre qu'en surface a en effet été différencié et consacré par des rites propitiatoires dans lesquels la dispersion de perles de turquoise était une pratique courante. On en trouve des témoignages à différentes profondeurs de I'espace construit, et plus particulièrement autour des fosses funéraires ou d'offrandes. Les structures de surface du terrain différent par la forme de celles de I'extrémité occidentale, reflétant peut-être le caractère plus transcendantal des activités qui avaient lieu dans cette partie du site. Trois structures ellipsoïdales occupaient apparemment I'extrémité orientale de la terrasse. Par ailleurs, l’usage du feu et la combustion d'offrandes constituaient apparemment un aspect important des activités qui se déroulaient dans le temple bâti sur la partie artificielle du site. Comment le constatez-vous ? Nous le constatons tant dans des foyers fonctionnels que dans des activités de combustion destinées à sceller et à consolider certaines couches de terrain. Sur le sol, la terre et I'argile furent soumises à une chaleur intense qui modifia la couleur, la dureté et la structure des strates. La couleur rouge orangé de la brique caractérise certaines zones du sous-sol. Par chance, cette pratique a laissé d'abondantes traces de charbon végétal, ce qui permet de dater avec précision ces activités. L’utilisation de foyers clos, en forme de cuvettes, fut apparemment une pratique courante à différents stades de la construction de ce secteur de la terrasse. Et puis l’on a découvert un foyer, situé du coté occidental du site, dans lequel ont été retrouvés des restes calcinés de grains de maïs et probablement d'une variété de haricots. A l’intérieur du temple, au moins deux structures ont fait office de fours rudimentaires, à I'intérieur desquels se trouvaient une bonne quantité de pierres de la taille d'un poing, portant des traces indiquant clairement qu'elles furent soumises au feu de manière répétée. Certaines de ces petites structures pourraient avoir servi à brûler des substances parfumées ou purificatrices.  La cuvette circulaire dans laquelle ils firent des ignifugations fut construite avec de grandes pierres posées en spirale et recouvertes d’argile. La Le site de Santa Ana - la Florida est un ensemble architectural en pierre, exceptionnellement bien conservé dans une région où l’acidité des sols et  l’humidité  ont  fait  disparaître  la grande majorité des vestiges. D’où le besoin d’une structure de protection... Découverte d’un vase corrugado © Photos : F. Valdez Interviewes des chercheurs, abécédaire illustré, expositions, rencontres, sites, etc L’âge de cette culture laisse tout autant perplexe... C’est vrai, mais pas moins que son origine encore incertaine. Car le