surface a été renforcée de cailloux de différentes dimensions. Au centre de cette structure se trouvaient plusieurs offrandes somptueuses, enterrées près de la base, qui font penser à un dépôt ou une cache intentionnels. Pour cacher quoi ? Parmi les objets figuraient un petit bol en pierre, deux médaillons en forme de masque anthropomorphe de pierre verte et plusieurs centaines de petites perles de turquoise. Peut-être à I'origine étaient-ils enfilés en collier, mais les combustions successives les ont dispersés dans la terre, ce qui ne nous permet pas de connaître la forme qu'avait le bijou. Lequel constituait sans doute le symbole distinctif d’un rang social très précis. D’autres symboles sont-ils repérables ? Dans la partie orientale de la terrasse, les structures présentent des différences de formes moins accentuées que du coté opposé, mais la norme semble être la forme circulaire ou ellipsoïdale. Cet espace artificiel se caractérise par le tracé courbe des murs concentriques et la spirale. Apparemment, la notion de mouvement que ceux-ci expriment et la dualité dedans/dehors sont indissociables. L’exemple le plus clair en est le contexte funéraire horizontal/vertical qui accompagne le foyer avec ses offrandes et sa spirale de pierre. Un autre élément architectural important se trouve à moins d'un mètre de distance de la structure de combustion : une tombe à puits dont I'entrée et la galerie sont revêtues de pierres superposées, à la manière d'une seconde spirale. En réalité, les pierres imitent la forme d'une coquille marin (Strombus) ou de colimaçon dont le diamètre d'ouverture rétrécit au fur et à mesure que I'on descend à I'intérieur.  La cavité du puits a été remplie de terre et de grandes pierres, parmi lesquelles trois dalles debout de grande taille. Celles-ci se succèdent verticalement à partir de I'entrée, suivant un axe légèrement incliné, soulignant ainsi la notion d'unité verticale au centre du colimaçon. Au pied de la dernière dalle se trouvent une série de pierres de moindres dimensions descendant jusqu'au niveau de la chambre funéraire. L’architecture funéraire exprime ainsi implicitement le concept de verticalité/horizontalité lié à la vie et à la mort. Il ressort de notre entretien que la pierre et la couleur verte avaient toute leur importance ? L’unité de cette culture s’exprime par la qualité d’exécution qui caractérise toutes les œuvres y compris lithiques. Celle-ci s’imprime dans des traits technologiques qui lui confèrent une personnalité esthétique unique. La perfection uniforme du tracé et du poli des objets est un élément commun à tout le bassin hydrographique. La variabilité limitée des motifs est une autre constante des différents contextes écologiques, ce qui suggère que le facteur environnemental n’était pas déterminant dans les activités qui requéraient l’usage de ces objets. On peut différencier les objets lithiques en fonction du type de matière première utilisée. L’homme distinguait deux grandes catégories de pierres en fonction de leur couleur et de leur dureté : celle de couleur noire ou grise et celles de couleur rouge-brun, rouge-blanc marbré ou crème-jaunâtre. Les premières ont un grain plus grossier et une texture plus rugueuse, les secondes un grain fin et une texture lisse. Notre première rencontre avec les hommes du Mayo- Chinchipe s'est faite grâce à des objets datant de près de cinq mille ans. Ces témoignages proviennent de différents lieux du bassin hydrographique où ont été retrouvés des objets de pierre polie au style très particulier. Il s'agit généralement de récipients ouverts (bols et plats), de petits mortiers représentant des animaux ou des plantes, et d'ornements personnels en pierres fines choisies pour leur couleur verte naturelle. La matière première est en soi un élément qui différencie cette culture et la rend spécifique par rapport à celles du reste de la région.  Généralement, la pierre ne servait pas à réaliser des objets quotidiens ; ceux-ci étaient plutôt fabriqués en céramique ou en matériaux organiques, comme les calebasses ou la vannerie. L’utilisation de la pierre est exceptionnelle du point de vue tant technique que stylistique. Son usage fréquent dans I'ensemble du bassin, qui couvre quelque 4500 kilomètres carrés, révèle que I'artisanat lapidaire était un trait commun de cette société et jouait un rôle important dans I'organisation sociale d'une aussi vaste région. On pensait traditionnellement que, dans les régions de forêts, I'utilisation de la pierre s'était limitée à la fabrication d'instruments tranchants, résistant aux coups répétés et à la pression (par exemple lors du broyage ou du polissage), et occasionnellement d'ornements personnels tels que les amulettes ou les perles. Parmi les instruments, on a identifié des pointes de projectile, des haches, des herminettes, des burins ou des pics pointus, des massues, des pilons et des mortiers de différentes tailles. Parmi les ornements figurent des éléments figuratifs ou géométriques porteurs de pouvoir ou d'énergie, le support étant doté d'une valeur symbolique d'autant plus grande que la pierre était plus rare et exotique. Et la couleur verte ? Depuis le Néolithique, le vert était associé à la prévention ou à la protection contre les démons et les mauvais esprits qui vivaient dans la forêt ou dans le ciel (Varichon, 2005). Le vert est donc une couleur protectrice, chargée d'énergie positive et synonyme de vie. Et, si I'on associe la notion de vert à la dureté et à la durabilité de la pierre, on obtient une métaphore contre le pourrissement physique qui caractérise le vert de la végétation. Aussi la pierre verte était-elle, peut-être, considérée comme un symbole de victoire contre la mort. Poursuivons plus avant sur l’iconographie… Bien que la décoration ne soit pas limitée à une catégorie spécifique, on remarque de plus grandes quantités et variétés de motifs sur les pierres de couleur rouge marbré. Pour les figures humaines ou les mortiers zoomorphes, le choix se portait sur des pierres de tons plus vifs et de texture plus fine. Pour la réalisation d'outils tels que les haches ou les herminettes, la sélection de la matière première n'était pas seulement liée à la dureté mécanique des pierres. L'examen d’ exemplaires provenant de la région montre que les instruments de couleur sombre et à grain grossier présentent fréquemment des traces d'utilisation ou d'usure, tandis que ceux qui sont de couleur blanche ou marbrée ont presque tous un tranchant intact, comme s'ils Figures anthropomorphes        Mortiers Bol orné d’une iconographie caractéristique de la forêt tropicale Localisation d’une hache à l’entrée d’une structure Une fructueuse collecte de tessons de céramique Parmi les offrandes retrouvées sur le site de Santa Ana - La Florida “ Cet espace artificiel se caractérise   par le tracé courbe des murs   concentriques et la spirale.   Apparemment, la notion   de mouvement que ceux-ci expriment   et la dualité dedans/dehors   sont indissociables.” © Photo : F. Valdez © Photo : F. Valdez © Photo : F. Valdez © Photos : F. Valdez Interviewes des chercheurs, abécédaire illustré, expositions, rencontres, sites, etc