n’avaient jamais été utilisés pour la fonction à laquelle  ils étaient en principe destinés. La conclusion évidente est que le choix de la matière première obéissait à des critères qui n'étaient pas uniquement fonctionnels mais revêtaient aussi une dimension symbolique et idéologique, aussi importante que le caractère utilitaire que pouvaient avoir ces objets. Parmi les objets de pierre, se distinguent en premier lieu les figures géométriques qui composent les différents éléments de la vaisselle de pierre : assiettes, écuelles, bols de différentes tailles et récipients cubiques semblables à un vase de taille moyenne. Tous ont été irréprochablement façonnés et polis, tant à I'extérieur qu'à I'intérieur. Certaines formes présentent extérieurement un décor incisé ou gravé. Les récipients hémisphériques constituent certainement la forme la plus commune sur tout le territoire du bassin. Le niveau de polissage dépend de la texture minéralogique de chaque variété de pierre ; avec les pierres à grain fin, il permettra d’obtenir une surface douce et brillante, avec celles à grain plus grossier, la surface sera égalisée mais encore rugueuse. A première vue, ils ne se différencient guère les uns des autres en dépit de variations de taille ou de matière première, mais on peut cependant les classer en deux grands groupes sur la base d'un détail stylistique et fonctionnel : les écuelles ou bols à large ouverture et à profil supérieur régulier ; et les récipients à lèvre incisée ou encochée. La différence ne semble pas uniquement styIistique, mais obéissait probablement à des nécessités fonctionnelles à présent incompréhensibles. Les récipients du second groupe présentent généralement au moins quatre incisions, entailles ou petites encoches rectangulaires équidistantes sur la lèvre, dans certains cas, ces petites encoches sont associées à de petits cercles concaves gravés sur la partie extérieure du bord. Ces cercles sont habituellement de même taille et de même profondeur (3 à 4 mm x 0,5 mm) et ont été produits par le frottement continu d'un galet pointu. Ces motifs ont certes un aspect décoratif, mais surtout ils avaient une fonction symbolique précise, liée à I'usage du récipient. Bien qu’on ignore encore en quoi consistait cette fonction, la régularité et les particularités de ces motifs fournissent des éléments permettant de commencer à en déchiffrer la signification. D'un point de vue purement fonctionnel, ces incisions auraient pu servir de signaux ou d'indicateurs de quelque chose faisant partie d'un contexte spécifique, tandis que les entailles et les encoches pourraient avoir servi de guides pour I'introduction d'un élément extérieur. On ne sait pas de façon certaine quel rôle jouaient ces éléments, mais il est évident que I'idée d'un partage en quatre de I'espace circulaire est présente et clairement soulignée sur le bord et la lèvre des récipients. Une notion similaire de dualité est latente dans la décoration de la face externe de certains récipients…. De ce point de vue, l’image d’un certain bol bicolore en pierre a fait le tour du monde… Dans le cas précis de ce bol (photo), comme dans d’autres récipients, on observe une division bipartite des champs ornementaux, s'accompagnant souvent d'une opposition symétrique des motifs représentés. La symétrie n'est pas seulement une opposition, plutôt une forme de complémentarité qui s'exprime d'une façon très particulière, La représentation du dédoublement symétrique d'une image peut révéler sa personnalité complète. En utilisant la technique de projection en miroir, on peut compléter la silhouette d'une figure en la dotant de son image inversée. Cette technique de lecture sémiotique a été développée et employée par John Rowe pour interpréter de nombreuses icônes de la culture Chavín. Rowe s'aperçut en effet que cette culture obéissait à une série de conventions styIistiques qui pouvaient être comprises en recherchant leur récurrence. En identifiant et en décomposant les différents éléments d'une image complexe, il est possible d'étudier leurs manifestations analogues dans des contextes distincts. Rowe comprit que ces conventions stylistiques étaient utilisées pour créer et recréer des motifs standardisés (kennings) qui avaient un sens spécifique pour ceux qui les voyaient. L'étude des conventions et les kennings identifiés pourraient servir à élaborer une grammaire permettant de déchiffrer les icônes de cette ancienne culture (Rowe, 1962 et 1967). En observant les proportions dans la complexité iconographique, on peut déjá reconnaître, dans le peu que I'on connaît de I'art de Chinchipe, certaines conventions qui semblent récurrentes. Par exemple, on remarque I'utilisation de la symétrie axiale ou de I'usage de dessins inversés, quelque mille ans avant I'apparition de Chavín. La notion idéologique de conventions grammaticales dans I'iconographie est déjá palpable dans les rares exemples connus à ce jour dans ce bassin fluvial. L'étude d'un récipient à demi réalisé atteste que le tracé des motifs était exécuté à partir d'une esquisse initiale tracée au moyen d'un instrument pointu, éraflant à peine la surface de la pierre. Dans certains cas, des erreurs ont été corrigées et la ligne originale gommée par polissage. La décoration était ensuite gravée au moyen d'incisions larges et profondes dessinant parfaitement le motif voulu en une image bidimensionnelle. Un habile jeu de creux et de pleins confère de la profondeur et un impact visuel accru au motif représenté. Dans plusieurs cas, certaines parties des figures sont accentuées en réalisant une différence interne des niveaux, à I'intérieur du canal formant le contour principal. C'est ainsi que, par exemple, le profil vide d'un oeil est accentué par un point plus profond qui indique la pupille et donne une certaine expressivité au regard. Les motifs gravés sont surtout des figures anatomiques réalistes d'oiseaux, de reptiles et de mammiféres (y compris I'homme), mais ce sont également de profonds signes géométriques (points, lignes, carrés, etc.) qui se combinent pour signifier quelque chose que nous ne réussissons pas à déchiffrer. Comment se présente la céramique ? Du point de vue technologique, il s'agit d'une céramique de qualité, à pâte peu épaisse et de texture fine. Elle est monochrome, avec une gamme de tons allant du beige clair au noir. Les formes usuelles sont des écuelles ou des bols, des récipients carénés, des jarres globulaires ou ovoïdes et des bouteilles à col étroit. Parmi ces dernières se distinguent celles qui ont une anse en étrier et un goulot allongé. Les principales techniques de décoration sont la gravure, la cannelure, le pointillé et I'application de petites pastilles de pâte (ou pastillage). Ces caractères technico-stylistiques constituent la clé d'interprétation pour la recherche de I'unité conceptuelle du corpus céramique de cette culture dans tout le bassin hydrographique. Sur la base de cette connaissance, il sera possible de situer et de mieux © Photo : F. Valdez Un site exceptionnel ouvert à la visite  dans le peu que I'on connaît   de I'art de Chinchipe,   certaines conventions semblent   récurrentes.   Par exemple, on remarque   I'utilisation de la symétrie axiale   ou de I'usage de dessins inversés,   quelque mille ans   avant I'apparition de Chavín ” Bol bicolore en pierre. La technique de projection en miroir permet de  compléter  la  silhouette d’une figure en la dotant de son image inversée. Interviewes des chercheurs, abécédaire illustré, expositions, rencontres, sites, etc