comprendre la dimension stylistique de ces oeuvres et de compléter ainsi les informations obtenues à partir du contexte de leur découverte. Parmi les céramiques, la présence des vases à étrier ne manquent pas de surprendre Commenter les pièces qui ont été retrouvées dans la tombe décrite plus haut est sans doute la meilleure manière d'aborder la dimension esthétique et sociale de la céramique, puisque la plasticité de I'argile se prête à la libre expression de concepts immatériels qui étaient importants dans la vie de la communauté. La poterie joue un rôle important comme véhicule pour transmettre des idées et des informations sur cette ancienne culture. Les objets provenant de la tombe appartiennent à un environnement où s'exprimait I'idée de la vie et de la mort. Le dépôt funéraire comptait des objets qui devaient servir au défunt dans I’au-delà, probablement semblables à ceux qu'il utilisait de son vivant, si bien que la présence de récipients et d'instruments reflète une partie de la vie quotidienne. Des douze récipients qui ont été retrouvés, cinq sont utilitaires et n'ont aucun caractère particulier hormis le fait qu'ils se trouvaient dans une tombe. Leur fonction de récipient (petites jarres ouvertes) était considérée comme indispensable dans I'autre vie. Leurs dimensions restreintes attestent un usage quotidien et personnel. Et les sept autres céramiques ? Elles constituent la part du dépôt qui affirme la personnalité et le statut du ou des personnages inhumés. La présence de six bouteilles à anse en étrier qui ne présentent pas de signes d'usure, laisse penser qu'il s'agissait d'offrandes spéciales, destinées à témoigner dans l'au-delà du rang hiérarchique de leur propriétaire. La diversité des formes de ces récipients est intéressante, car chacune reflète des aspects esthétiques liés à une réalité sociale précise. La pièce la plus impressionnante est un récipient-effigie chargé d'un symbolisme typiquement andin. C'est une bouteille à la forme composite : le corps du récipient proprement dit se trouve dans la partie inférieure, Et une anse en étrier allongée dans la partie supérieure. L’effigie représente deux aspects d'un visage humain émergeant de la représentation d'une coquille de spondyle ouverte. La tête porte un couvre-chef qui reprend la forme des valves du coquillage en I'inversant.  De chaque coté de la bouteille figure un visage tel un Janus andin, avec deux expressions opposées. Le premier a une expression harmonieuse, presque joviale, avec un menton et des joues arrondis et la bouche entrouverte. Les sourcils étirés jusqu'aux tempes indiquent un bien-être intérieur. L'autre coté de la bouteille montre un visage plus sec, à I'expression sombre, presque courroucée. Les sourcils semblent froncés, le bas du visage est allongé et la bouche est en forme de T. Tandis que la lèvre supérieure reste horizontale et rigide, la lèvre inférieure se sépare en son milieu et descend en ligne droite jusqu'au menton. Cette bouche rappelle le museau de félin qui figure à la même époque sur des céramiques de la période intermédiaire de la culture Valdivia, provenant de la cote Pacifique. Expliquez-nous… La subtile allusion à la côte est renforcée par la représentation de la coquille Spondyle où les caractères typiques du bivalve sont recréés par des applications de pastilles. L’évidente dualité exprimée par cette figure évoque peut-être la transformation d'un important personnage des communautés de la forêt tropicale, le chamane. Cette transformation se produit lors d'un rite, à la suite de I'ingestion de substances hallucinogènes qui pourraient avoir été préparées dans les récipients ouverts figurant parmi les offrandes, et avoir été conservées dans des bouteilles comme celles que nous avons décrites.  Une transformation du sorcier en jaguar à laquelle pourrait clairement faire allusion la représentation de la gueule de félin.  Par ailleurs, il faut rappeler que la forme de I'anse, dite en étrier est une construction artificielle dans laquelle le goulot du récipient est la projection de deux tubes parallèles émergeant du corps de celui-ci. Le goulot devient donc un anneau fermé permettant de manipuler et de transporter le récipient sans risquer d'en renverser le contenu. Trois autres bouteilles présentent, deuxième bouteille présentent, elles aussi, une forme intéressante. Ce sont des récipients en forme de calebasse ovoïde et, là encore, doté d'une importante anse en étrier. La représentation d'une forme naturelle aussi réaliste évoque le lien étroit entre I'homme et son environnement. Les Mayo-Chinchipe accordaient aussi, manifestement, une grande importance aux turquoises… C’est vrai et ils faisaient preuve, dans ce domaine, d’innovations techniques qui forcent l’admiration. En témoigne, par exemple, la fabrication de chaînons de turquoise formées d'une paire d'anneaux fermés. La conception et I'exécution de ces objets sont ingénieuses. En effet, il ne s'agit pas de la reproduction d'une figure naturelle, mais de la matérialisation de I'idée de dualité et d'individualité dans une même unité. Le travail a consisté à réaliser deux anneaux indépendants à partir d'une perle sphérique, en gravant le profil de chaque élément, puis en perforant et en polissant jusqu'á former les anneaux. En outre, de petites perforations réalisées sur chaque anneau permettaient d'unir les maillons à d'autres éléments indépendants. Le travail est si fin et si précis que, si I'on superpose les éléments, il est possible de retrouver la forme originale de la perle. Deux chaînons identiques ont été retrouvées dans un même contexte, ce qui semblerait indiquer qu'elles faisaient partie d'ornements corporels tels que des boucles d'oreille. La maîtrise technique est un instrument dont use  I'idéologie  pour matérialiser des concepts profonds, symbolisant la dualité des forces cosmiques de la nature. Un exemple notable peut être observé dans le travail d'éléments d'un collier. Sur un nodule de turquoise de forme ovoïde a été sculpté en trois dimensions le corps d'un serpent enroulé, après quoi la pièce a été coupée en deux verticalement. La coupe a été effectuée parfaitement, de façon à obtenir deux parties équilibrées, avec la représentation du reptile sur la face externe et une surface plane sur la face interne. Sur la surface intérieure de chacune des moitiés a été gravée I'effigie d'un oiseau tropical de profil. Chacun est doté d'un grand bec strié, d'une aile repliée et de la représentation d'une main à Pendentifs en turquoise Collier. perles de turquoise et malachite © Photo : F. Valdez © Photo : F. Valdez © Photo : F. Valdez Des vases à anses en étrier. Ci-dessus : Francisco Valdez Interviewes des chercheurs, abécédaire illustré, expositions, rencontres, sites, etc